Buffet de philosophies

Dans certaines circonstances, il est préférable d’être stoïcien. Dans d’autres, mieux vaut être nihiliste. Par moments, il est plutôt souhaitable de penser à un retour éternel, d’être créateur de nouvelles valeurs. Parfois, il faut laisser la raison nous tromper. Dans certains cas enfin, on doit pouvoir croire en une force supérieure, en l’âme éternelle.

Avoir un buffet de philosophies.

Ainsi, l’âme sera repue, à satiété. Car elle ne demande qu’à manger et boire, faire un banquet perpétuel.

Vincent Sremed

L’anarchiste du g20 vu par Nietzsche

Lorsque l’anarchiste, comme porte-parole des couches sociales en décadence, réclame, dans une belle indignation, le « droit », la « justice », les « droits égaux », il se trouve sous la pression de sa propre inculture qui ne sait pas comprendre pourquoi au fond il souffre, — en quoi il est pauvre, en vie… Il y a en lui un instinct de causalité qui le pousse à raisonner : il faut que ce soit la faute à quelqu’un s’il se trouve mal à l’aise… Cette « belle indignation » lui fait déjà du bien par elle-même, c’est un vrai plaisir pour un pauvre diable de pouvoir injurier — il y trouve une petite ivresse de puissance. Déjà la plainte, rien que le fait de se plaindre peut donner à la vie un attrait qui la fait supporter : dans toute plainte il y a une dose raffinée de vengeance, on reproche son malaise, dans certains cas même sa bassesse, comme une injustice, comme un privilège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres conditions. « Puisque je suis une canaille tu devrais en être une aussi » : c’est avec cette logique qu’on fait les révolutions. [...] Quelqu’un doit être coupable et c’est là ce qu’il y a d’indigne, celui qui souffre prescrit contre sa souffrance le miel de la vengeance. Les objets de ce besoin de vengeance naissent, comme des besoins de plaisir, par des causes occasionnelles : celui qui souffre trouve partout des raisons pour rafraîchir sa haine mesquine [...]

— Frédéric Nietzsche, Le crépuscule des idoles (1889), Le problème de Socrate, §34, Chrétien et anarchiste. Trad. Henri Albert, Flammarion, 1985.

En tant qu’anarchiste, je lui donne entièrement raison sur ce point.

Vincent Sremed

Commençons par un beau moment de philosophie

Bonjour à vous, lecteur inconnu ou connu (et lectrice à connaître…)

Ici, tout n’est qu’opinion. [c'est que j'ai l'honnêteté de le reconnaître]

Je propose une introduction sous forme d’une auto-entrevue du jour.

Moi : d’où vous est venue l’idée de créer ce site ?

Moi : j’étais sur une motoneige, en rentrant du travail, entre deux villages du Nord québécois, au 52e parallèle, complètement isolés et inconnus de la population de ce pays, quand soudainement j’ai sauté sur une bosse. J’étais assis à l’arrière de la motoneige, conduite par Terry, l’homme-armoire qui a posé en hélicoptère les 691 tours électriques dans ce coin de la toundra il y a une dizaine d’année. En retombant sur le siège (c’est qu’on lève dans les airs en prenant une bosse à 90 km/h), j’ai eu un choc axial, m’auto-écrasant la colonne cervicale et lombaire ainsi que les os des poignets. J’ai même eu un minime choc médullaire, je crois. Mon casque me fut pour cela inutile…

Moi : d’accord, mais je ne comprends pas très bien où vous voulez en venir.

Moi : c’est pourtant bien simple. J’étais sur une motoneige, au milieu des sous-bois tranquilles, des montagnes vierges, des baies glacées, des perdrix sans peur, assis derrière un homme-armoire qui a posé des tours électriques et qui est capable de retourner à lui seul une motoneige qui a chaviré sur le côté.

Moi : oui, et alors ?

Moi : vous n’avez vraisemblablement jamais vécu l’expérience de parcourir une centaine de kilomètres ainsi dans la solitude du Grand Nord avec un homme-armoire, assis sur une motoneige.

Moi : non, en effet, c’était la première fois.

Moi : je vois. Songez à ceci : que faire derrière une motoneige, dans un trajet qui dure trois heures et demie, derrière un homme-armoire, dans l’immensité de la rare forêt, de la toundra, des rivières et des lacs gelés, quand vous avez un peu mal au dos ?

Moi : je ne sais pas… regarder les paysages ?

Moi : oui… évidemment. Mais quand on regarde, on pense.

Moi : à quoi pensiez-vous ?

Moi : je pensais que j’étais dans l’immensité de la nature vierge, assis derrière une motoneige avançant à 90 km/h conduite par un homme-armoire qui a posé des tours électriques dans la toundra et qui n’avait pas mal au dos, qui ne portait pas de casque, ni de masque pour se protéger du froid.

Moi : ah bon…

Moi : bon, bon. Allons directement au fait, puisque vous ne comprenez pas facilement, vous l’intellectuel : je fus saisi d’un étonnement en coup de tonnerre face à la différence totale entre l’homme-armoire et moi, entre ce monde polaire, tangible, et le mien, abstrait, entre ces vies tellement divergentes que l’on aurait pu provenir de deux planètes différentes. Pourtant, je comprenais son humour, et il comprenait mes appréhensions. Nous étions au diapason malgré nos différences. Cet homme-là n’est pas comme moi un animal politique, il est animal tout simplement.

Moi : je vois…

Moi : cet homme-armoire possède un savoir qui m’échappe complètement. Tenez, le voilà un moment qui s’arrête, descend de sa motoneige, se couche sur le sol et se met à resserer les boulons de sa machine avec une clé anglaise ! Le voilà ensuite qui emprunte des raccourcis dans ces paysages où tout se ressemble. Le voilà qui freine à la dernière seconde devant une partie de la glace qui avait cédé et qui s’était remplie d’eau.

Moi : vous étiez impressionné par son savoir-faire.

Moi : plus que par son savoir-faire, par sa philosophie. Un pur réaliste. Un sage. La sagesse des sous-bois, des lacs gelés, du froid au visage. Celle que les Grecs n’ont jamais connue en pratique, mais qu’ils respectaient en mythologie. Celle des Hyperboréens. J’ai vu la sagesse hyperboréenne. Je devais donc en parler, d’où l’idée de créer ce site dont le premier article serait consacré à cette sagesse négligée.

Moi : je comprends maintenant. Comment va votre dos ?

Moi : bien maintenant, mais demain matin…

Vincent Sremed