Laissez-moi rendre hommage aux professeurs d’universités. Au moins à ceux et celles des grandes universités. Au moins à ceux et celles du domaine des lettres. Au moins à ceux et celles du Canada et du Québec (systèmes que je connais bien). Au moins aux jeunes professeurs.
Pourquoi ? Le sujet est tabou et méconnu. Je dois donc en parler. Et je sais de quoi je parle…
Ces professeurs sont nés d’efforts de surhommes. Pour la plupart très érudits, ayant connu de nombreux exils sous-financés obligatoires pour effectuer leurs recherches, ayant investi leurs dettes pour donner des conférences internationales et se bâtir une crédibilité, un nom, ayant lutté pour publier le moindre article, contre des comités de lecture anonymes ou l’intérêt personnel de l’évaluateur passe parfois devant celui de la recherche, subissant la compétition de pairs envieux, les reproches de collègues jaloux qui protègent leur oeufs comme un aigle autour de son nid. Les postes sont rarissimes. Le marché saturé est international, mondialisé comme le reste. Les entrevues d’embauche sont des marathons d’hypocrisie. Le favoritisme menace à chaque instant. Au Québec, pays rétrograde et déficient en éducation, c’est la chasse à l’Européen, trophée qui rend l’université plus prestigieuse.
Le jeune professeur se fait confier les tâches ingrates, certains cours que les autres ne veulent pas donner, mais aussi une part de la bureaucratie qui ronge l’éducation comme d’ailleurs le reste des institutions publiques. On exige de plus qu’il connaisse tout, toutes les langues, tous les sujets qui s’éloignent de sa spécialisation. Il doit rayonner, produire, publier. Il en va du prestige de l’université.
Tout cela passe encore avec un peu d’eau.
Là où la viande se bloque dans l’œsophage, c’est devant les étudiants. Les universités canadiennes et québécoises sont remplies des plus grands cancres que l’histoire de l’Université ait connus. Leur nombre sans cesse grandissant et leur poids de plus en plus lourd fait s’abaisser toute la balance de l’éducation. Cela rend absurde au plus haut niveau tout le travail accompli par les professeurs pour arriver à obtenir leur poste. Leurs compétences, leur excellence ne sert plus qu’à un ou deux étudiants qui doivent péniblement attendre loin au devant des autres. C’est la collusion de la médiocrité.
Et la liberté professionnelle du professeur ? Dès son embauche, il reçoit des consignes : le financement de l’université est lié au nombre d’étudiants, au nombre de bourses. Ils ne doivent pas échouer. Un résultat minimal est garanti, sauf pour les rares exceptions d’échecs flagrants qui devront souvent être confirmés par un second professeur. Pire, les étudiants évaluent le professeur, et ces évaluations — anonymes — comptent dans le dossier professionnel. Évidemment, avec la rareté des postes et la compétition féroce, aucun ne souhaite obtenir de mauvaises évaluations des étudiants. Le résultat est un laxisme obligé, une tolérance perverse envers l’ignorance et la nullité.
L’éducation pour tous ? Oui, mais pas sur le même niveau. Il faut repenser l’éducation universitaire canadienne, cette faillite de l’égalité.
