Doux baiseur

Lors d’une récente soirée de poésie, neuf poètes sur dix mettaient les mots «cul», «merde» et «baiser» dans leurs poèmes. Un sur dix mettait les mots «âme», «amour» et «cœur».

Quel est le cliché aujourd’hui ?

Je sais, je suis une âme romantique de merde, un enculé de rêveur amoureux, un doux baiseur.

Vincent Sremed

Rejeton

Dans la colère, être cruel envers l’être qui fut le plus cher (et qui n’est pas remplacé) procure un mélange d’extrême souffrance et en même temps un soulagement de parturiente. Mais ce soulagement est vite enterré par les cris nocturnes du rejeton infirme.

28 avril 2009.

Vincent Sremed

Les muses aussi n’aiment pas la comédie.

Je n’aime pas les soirées de poésie, où chacun monte sur scène exposer son talent et son regardez-moi, s’exposer avant tout.

Du théâtre.

De la comédie.

De l’histrionisme volubile et des Oh ! Ah ! applaudis. De la complaisance de phoques dans un cirque marin.

Je préfère encore n’écrire que pour trois femmes (toute ma poésie se résume à trois femmes [+ quelques regards] et à une seule origine).

Écrire.

Non pas me lire. Non pas me réciter. Non pas cette prétention vaniteuse d’aspirant à l’immortalité.

Ma poésie mourra avec ces femmes et moi.

Ces muses qui — je sais — sont venues un jour me lire secrètement ici et ailleurs.

[je bois d'ailleurs à votre santé, au passé et au présent]

Vincent Sremed

La ville

Il y a quelque chose d’émerveillant de voir une archéologue s’imaginer les souvenirs d’une cité antique, — d’un tell —, qui représente encore de nos jours pour elle une époque “magique”, “parfaite”, “unique”, une époque révolue.

Le sourire s’étend à tout le visage jusqu’à le faire radier de tous ses éclats, les yeux se fondent dans le passé lointain et deviennent pétillants, brillants comme le furent les richesses de la ville aujourd’hui ensevelie, la ville qui se trouve tout juste devant elle.

Vincent Sremed

Indifférence

La semaine dernière, une jeune et jolie jeune femme inconnue m’a dit :

« Ton regard est triste et penseur. Tu veux me faire l’amour ? »

Et j’ai répondu :

« Si tu veux. »

Étrange comme j’étais absent. « Faire l’amour » fut une expression très mal choisie.

Vincent Sremed

Caduque

Et si je t’aime, est-ce que ça te regarde ?

— Goethe

Par cette seule question, Goethe guérit l’amoureux, détend les sourcils crispés par les peines, déserre la glotte en étau.

Il est donc possible d’aimer tous ceux que l’on veut. Le renoncement à l’amour est rendu caduque.

Vincent Sremed

Déréalisation ou « psychose brève »

Il existe des trucs dans la vie que l’on ne voit vraiment pas venir…
Une histoire peut-elle être réelle et irréelle dans un même temps?— MFL, Regardez la musique…, Cocktail irréel, 3 avril 2009.

Ma réponse : Oui….

Ou plutôt, pour moi, le réel peut être irréel en même temps. J’appelle cela la folie. Presque une forme de psychose, ressentie brutalement, frappant tout l’être d’un seul coup, dans un grand face à face avec soi-même. Ces moments sont je crois très rares.

Deux exemples :

1) euphorique : les premiers instants d’une immense passion amoureuse qui brûle d’un milliard de soleils la poitrine.
2) dysphorique: le grand vertige paniquant et ténébreux qui suit les premières minutes d’une rupture d’une très longue et puissante relation amoureuse.

Il s’agit bien d’un trouble, d’un dysfonctionnement, d’une grande impression d’irréel, d’une focalisation aiguë de l’âme et du corps, d’un détachement de l’environnement, d’une mise de côté du monde. Il s’agit bien d’une réalité nouvelle, d’un météore de vérité, d’une révélation quasi mystique, face à la vie, face à la mort, face à l’amour. Le réel et l’irréel s’entrechoquent et se fusionnent, dans une cosmogonie ou dans un cataclysme, dans une apocalypse (dans son sens étymologique et non eschatologique).

Et on ne peut les voir venir.

[Mais il faut faire fi, en utilisant ces termes, du ridiculissime DSM-IV — brochure qui salit et traîne dans les latrines diagnostiques tout l'art médical et toute la beauté des sentiments — qui voit l'âme humaine comme une étagère d'épicerie compartimentée dans laquelle sont bien ordonnées des rangées de boites de conserves depuis au moins deux ou quatre semaines, placées dans le bon axe, sur une échelle de fonctionnement...]
Vincent Sremed