La schizophrénie collective existe bel et bien et elle se trouve en exemple ici :
http://quandlematerialismesenmele.wordpress.com/
Illustration parfaire d’idées délirantes paranoïdes, d’idées de grandeur, de délire mystique sous forme de culte de la personnalité, d’atteinte du jugement et de l’autocritique.
Et voilà Platon Dupuis qui en avait un peu marre de tout son passé. Les sushis, il aimait encore en faire, mais la passion avait déserté les petits rouleaux en même temps que la dernière bouteille de sauce soya s’était vidée. Et ses mains se gerçaient à force de les avoir constamment sous l’humidité du poisson cru et du riz-vapeur gluant.
Il avait imaginé que la cuisine éthiopienne serait sa prochaine tentation, mais ce furent plutôt les fruits. Ou, plus précisément, les myrtilles. Pourquoi exactement les myrtilles ? Il ne le savait pas encore tout à fait, excepté qu’il aimait en déguster avec des crêpes le matin.
Il restait fondamentalement lui-même : radicalement manuel. Il allait cueillir les myrtilles avec soins, les détachant de chaque brindille, une à une, puis il les déposait avec précaution dans un panier de roseau qui se teintait de la couleur rouge-sombre des petits fruits. À la fin de la journée, il sondait le résultat de son travail avec un visage satisfait : cueillir les myrtilles lui faisait du bien.
Ainsi, comme lorsqu’il roulait des makis, Platon ne pensait plus à rien d’autre qu’à ce qu’il avait sous la main. Il détestait se perdre dans ses pensées, chose qu’il trouvait vaine et surtout absurde. Il n’aimait pas les dialogues avec les penseurs, car ceux-ci oubliaient toujours les mains dans leurs réflexions. Il ne savait par expérience qu’une seule chose : c’est qu’il ne savait rien (il s’en était rendu compte en regardant le ciel lumineux un beau jour alors qu’il venait de visiter une caverne préhistorique) et qu’il n’en saurait pas davantage même en dépensant sa vie à penser, à étudier ou à écrire des traités ou des réflexions.
Demain matin, les myrtilles allaient accompagner ses meilleures crêpes, avec un peu de sirop d’érable.
Ø
Signe que je suis bien ?
Aujourd’hui, dans la Province of Quebec (expression donnée par le régime britannique), c’est jour férié. Aujourd’hui dans le pays sous régime monarchique parlementaire britannique désigné sous le nom huron (ou iroquois, allez savoir) Canada, c’est jour férié. Dans le premier cas, la fête célébrée était à l’origine celle de Dollar des Ormeaux, un Néo-Français qui avait sauvé sa bourgade contre une attaque iroquoise en lançant un baril de poudre à canon qui avait décimé les assaillants en même temps que lui-même. La fête devenue impolitiquement correcte pour les Premières nations (autre expression ridicule), elle fut transformée en Fête nationale des Patriotes, afin de commémorer une poignée de jeunes idéalistes ayant pris les armes en 1837-38 contre les autorités britanniques et ayant fini pendus. Dans le second cas, la fête célébrée est celle de la reine de l’Empire britannique Victoria.
Dans les trois cas, ces prétextes à la fête me donnent envie de vomir, et pas pour avoir trop bu. Nationalisme, patriotisme, reine, empire : du pareil au même : de la violence derrière une croyance en la supériorité et en la particularité ethniques.
Fêtons plutôt le printemps et les libertés qu’il apporte.
Lors d’une récente soirée de poésie, neuf poètes sur dix mettaient les mots «cul», «merde» et «baiser» dans leurs poèmes. Un sur dix mettait les mots «âme», «amour» et «cœur».
Quel est le cliché aujourd’hui ?
Je sais, je suis une âme romantique de merde, un enculé de rêveur amoureux, un doux baiseur.
Les policiers et les lois existent pour notre bien.
Ne pas tenir la rampe dans un escalator est un crime passible de menottage, d’arrestation et d’amende.
Donner une arachide à un écureuil dans un parc est un crime passible d’amende et de poursuite judiciaire.
L’État veut notre bien. Soyons bons citoyens. Que l’ordre règne et que le texte soit respecté. C’est écrit, en vérité.
*Sarcasme.
Dans la colère, être cruel envers l’être qui fut le plus cher (et qui n’est pas remplacé) procure un mélange d’extrême souffrance et en même temps un soulagement de parturiente. Mais ce soulagement est vite enterré par les cris nocturnes du rejeton infirme.
28 avril 2009.
Il y a une certaine caste qui s’autorise à émettre son opinion “apollinienne” sur «l’Art» des autres, avec une volonté pédante d’afficher sa supériorité de basse-cour et de se créer un sentiment de puissance s’apparentant à celui du nabot voulant devenir empereur.
Ces connaisseurs d’art solaire, ces amoureux du bel «Art» rejettent — ou n’ont jamais vécu — le sentiment de vie qui est l’art derrière toute œuvre, derrière chaque graffiti au coin d’une rue, derrière un poème d’adolescent, derrière un dessin esquissé sur un napperon de restaurant.
Ils voient en «l’Art» une idée, un objet d’immortalité, un but, [un domaine d'études, une profession ?] dont la beauté doit se trouver dans son originialité, dans sa technique, dans son style, dans sa forme. Et non dans son sentiment, et non dans ce qui sous-tend sa création.
Ces experts se permettent de détester une certaine forme d’art qui ne correspond pas à l’idée qu’ils se font de l’art, à l’idée très restreinte qu’ils en ont : l’art vidé de ses sentiments.
Je n’aime pas les soirées de poésie, où chacun monte sur scène exposer son talent et son regardez-moi, s’exposer avant tout.
Du théâtre.
De la comédie.
De l’histrionisme volubile et des Oh ! Ah ! applaudis. De la complaisance de phoques dans un cirque marin.
Je préfère encore n’écrire que pour trois femmes (toute ma poésie se résume à trois femmes [+ quelques regards] et à une seule origine).
Écrire.
Non pas me lire. Non pas me réciter. Non pas cette prétention vaniteuse d’aspirant à l’immortalité.
Ma poésie mourra avec ces femmes et moi.
Ces muses qui — je sais — sont venues un jour me lire secrètement ici et ailleurs.
[je bois d'ailleurs à votre santé, au passé et au présent]
Ma peau est un parchemin sur lequel j’écris mon être du moment à l’encre. L’encre en devenir.
3 mai 2009.
Je m’entretiens avec moi-même : le plus profond , le plus vrai, le plus dur des entretiens.
…
…
…
…
27 avril 2009
Il y a quelque chose d’émerveillant de voir une archéologue s’imaginer les souvenirs d’une cité antique, — d’un tell —, qui représente encore de nos jours pour elle une époque “magique”, “parfaite”, “unique”, une époque révolue.
Le sourire s’étend à tout le visage jusqu’à le faire radier de tous ses éclats, les yeux se fondent dans le passé lointain et deviennent pétillants, brillants comme le furent les richesses de la ville aujourd’hui ensevelie, la ville qui se trouve tout juste devant elle.
Quand une personne “de bonne foi”, prête sans retenue à aider une autre qu’elle croyait “de bonne foi”, se fait brandir par cette dernière une loi sous forme de menace en plein visage : “c’est mon droit !”, la “bonne foi” tombe d’un coup. À la bonne foi on oppose la bonne foi, à la loi on oppose la loi.
La loi est une saloperie quand elle mine les relations de “bonne foi”, c’est-à-dire la négociation directe entre deux individus. Et ce sont les avocats seuls qui en profitent.
Pour un anarchiste, se faire attaquer avec la loi ne peut que le mettre en furie.
La semaine dernière, une jeune et jolie jeune femme inconnue m’a dit :
« Ton regard est triste et penseur. Tu veux me faire l’amour ? »
Et j’ai répondu :
« Si tu veux. »
Étrange comme j’étais absent. « Faire l’amour » fut une expression très mal choisie.
La nuit dernière, au parc, étendus dans l’herbe, une fleur de magnolia et moi discutions de liberté, de rébellion, d’anarchie…
« Qu’est-ce qu’au fond que le plus grand sentiment de liberté ?
— Absolument ne pas savoir ce que l’on fera cette nuit ou demain ou après-demain. »
La vie au pur présent.
Cette semaine, après le fracassement au sol d’un grand soleil de cristal qui était ma dernière illusion, après la plus grande déception de mes quinze dernières années, pour le dire ainsi, je fus saisi d’un désir violent de rompre avec tout mon passé en remontant jusqu’à l’adolescence.
J’allai donc, contrairement à mon habitude, dans un endroit où la musique est forte, où l’intoxication est la norme, où les femmes sont parées et où les hommes sont tarés. À peine arrivé, une jeune femme de vingt ans vint donc à ma rencontre pour me demander du feu (il semble que ce soit une métaphore classique, cela m’est encore arrivé hier dans la nuit…). Je lui répondis que je ne fumais pas, sauf bien sûr la shisha, et l’engageai je ne sais plus comment sur une conversation philosophique, mythologique et psychologique, selon mon habitude, curieux de connaître l’âme de cet être qui s’était avancé vers moi.
Et j’allai droit au but, c’est-à-dire que je la déstabilisai avec mes multiples questions existentielles, profitant aussi de mon expérience d’interviewer des symptômes pour la relancer, lui faire clarifier sa pensée, ses sentiments, remarquant sur elle chaque signe, chaque mouvement des yeux, chaque geste non-verbal. Après une ou deux heures, je connaissais les détails les plus intimes de sa vie, ses souffrances, ses peines, ses craintes.
L’une de mes questions fut de vouloir connaître comment elle décrivait sa génération, elle qui était de onze ans ma cadette, moi qui considérais la mienne comme une génération sans but, qui se cherche encore, une génération existentielle. Elle me répondit qu’elle était de la génération “pute”. Mais elle aurait voulu être née dans la génération précédente, dans la mienne. Elle était existentialiste : elle était une ex-junkie.
Par mes questions, je lui avais jeté un sort, je lui avais offert sa génération idéale. Elle m’offrit violemment en retour, sans que je ne demande rien, sa génération “pute”.
Le lendemain je quittais pour Montréal, j’avais passé un peu le balais sur les débris du cristal éclaté.
Romain D. attire mon attention sur l’une des déclarations les plus ineptes qu’un ministre de la santé [voire qu'un politicien] ait pu faire dans l’histoire de la province de Québec.
Le ministre, estimant que les Québécois ne surconsomment pas de médicaments, mais que ce sont les habitants des autres provinces arriérées du Canada qui en sous-consomment :
«Comme ministre de la Santé, je suis très content de voir qu’au Québec on est en avance sur toutes les autres provinces [...]. C’est une bonne nouvelle [...]. Au Québec, les gens consomment les médicaments qu’ils doivent consommer pour leur pathologie, tandis que dans les autres provinces ils ne consomment pas les médicaments qu’il faut»
Ce ministre — qui, dois-je en avoir honte, est aussi médecin — n’a rien compris à la “transmutation de toutes les valeurs” avancée par Nietzsche. Il ne s’agissait pas de transmuter la réalité en erreurs, en mensonges…
Journée noire pour la liberté culturelle…
La diffusion libre — avec le nom de l’auteur — devrait n’être rien d’autre que ce que l’on nomme les “droits d’auteur”.
Un anarcho-propriétaire.
Mais dans le contexte actuel, il serait mal avisé de ne pas le devenir.
La constance, une idée de granit.
Je préfère la légèreté, l’idée qui ne se fixe pas sur des socles. Mais c’est mon opium à moi. Je laisse au peuple son propre opium.
[à propos d'une discussion sur l'érection de statues par le peuple aux hommes constants dans leurs idées, dont l'un fut qualilifié de "génie" pour sa constance indépendantiste (c'est-à-dire insulter tous ceux qui ne pensaient pas comme lui)]
Même si les vieux stimuli intellectuels de jeunesse persistent, comme ceux de suspecter une dissection carotidienne spontanée ou une polymyalgia rheumatica avec artérite temporale, même si les vieux stimuli physiques demeurent, comme ceux des chocs électriques à 360 joules asynchrones et des pénétrations des corps avec des aiguilles No 18, des lames No 10 et des tubes No 7, j’apprécie de moins en moins la pratique à l’urgence qui peut devenir ennuyeuse.
Tout dans l’urgence n’est qu’effleurement, palpation. Ou charcuterie.
Le temps se fait rare où l’on peut approfondir la psychologie, entrer en relation, à l’opposé du “cabinet” de rendez-vous ou de l’étage d’hospitalisation — quand on se prend du temps.
Par bonheur, j’ai encore de l’antiquité dans mon art : je suis de cette vieille race qui ne se spécialise pas.
Si je ne m’abuse, ce sont les Canadiens qui ont perdu le plus de soldats en Afghanistan parmi les forces d’occupation de l’OTAN. Ils sont à Kandahar, région des Talibans et de la résistance.
Mon premier ami d’enfance, mon voisin avec qui je jouais dans la forêt, dans la neige ou aux jeux vidéos, avec qui j’ai passé toute mon école primaire et une partie de mon école secondaire, est depuis une semaine à Kandahar, dans l’armée canadienne. Il est “paramédical”, mais il est au cœur des missions de “reconstruction” qui parcourent les villages de la région de Kandahar, missions les plus dangereuses, là où chaque semaine un militaire meurt absurdement en sautant sur un engin artisanal au bord d’une route. Il est formé pour se battre avec les fantassins en cas d’attaque.
Je n’ai pas vu cet ami en personne depuis près de quinze ans, mais grâce à Facebook, j’ai gardé un discret contact. En voyant ses photos de lui habillé en militaire futuriste, l’énorme mitraillette à la main, posant le sourire aux lèvres entouré de soldats afghans désuets, je me dis qu’il n’a pas l’air à sa place. On croirait à un personnage d’un jeu vidéo entouré de réalité.
Enfin, je souhaite que cette absurdité finisse en Afghanistan. J’espère ne pas le revoir après quinze ans dans un cercueil… Game Over.
Il est étrange que lorsque l’on défroque de nos habits de prêtre, c’est-à-dire de certains principes rigides qui nous gouvernaient, castrateurs comme par une main divine, aveuglants comme la lumière de dieu, le monde sensible s’aiguise sur la pierre polie mouillée que devient notre corps exposé aux vents et aux pluies.
Ces sourires et ces regards parlants d’inconnues, ces sifflements d’adolescentes en allant chercher du courrier — cela rend interrogateur, pousse la réflexion à un niveau supérieur.
Sont-ce mes yeux qui ont plongé dans le fleuve du devenir qui remarquent ces phénomènes jusqu’ici masqués par l’hostie que je tenais devant moi, ou sont-ce les yeux des autres qui remarquent en moi un homme lavé dans le fleuve du devenir ?
Peut-être n’est-ce tout bêtement que mon « look » de marin viril qui provoque ces vaguelettes. Moi, le navigateur de fleuves…
Dans certaines circonstances, il est préférable d’être stoïcien. Dans d’autres, mieux vaut être nihiliste. Par moments, il est plutôt souhaitable de penser à un retour éternel, d’être créateur de nouvelles valeurs. Parfois, il faut laisser la raison nous tromper. Dans certains cas enfin, on doit pouvoir croire en une force supérieure, en l’âme éternelle.
Avoir un buffet de philosophies.
Ainsi, l’âme sera repue, à satiété. Car elle ne demande qu’à manger et boire, faire un banquet perpétuel.
Dans notre société actuelle, deux phénomènes sont aujourd’hui beaucoup plus cachés qu’il n’y a guerre longtemps, quand en mon enfance, dans la ville de Québec, j’entendais couramment de méprisables affirmations racistes et sexistes. La génération montante ne connaît pas cette ancienne peur de la couleur de la peau ou du sexe opposé.
Mais.
D’autres racismes subsistent. Ils prennent la forme «d’attitudes d’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes». Le racisme est toujours un signe d’ignorance et se fonde sur des préjugés véhiculés d’un ignorant à l’autre, sur une généralisation de quelques sous-phénomènes à l’ensemble d’une catégorie.
L’un d’entre eux est le racisme professionnel.
Je vais ici discuter de celui que je connais le mieux. Le racisme professionnel envers les médecins qui semble un phénomène purement québécois (confirmez-moi le contraire).
Étrangement, cette forme de racisme se retrouve autant chez les gens éduqués que non éduqués.
Qu’est-ce qui au Québec engendre ce racisme envers les médecins ? Je me suis longtemps posé cette question, puisque les médecins sont des individus tous différents les uns des autres, reflet de la population générale.
Il faut rechercher alors les différences communes, puisque le racisme est profondément une crainte des différences, une xénophobie.
Qu’est-ce que la «catégorie» des médecins au Québec a de différent par rapport à la population en général ou à une autre «catégorie» de professionnels, comme par exemple les psychologues ou les infirmières qui ne sont pas victimes de racisme professionnel ?
D’abord la rareté. Ce qui est rare est troublant, dérangeant pour certains, inquiétant peut-être. On laisse en plan ce que l’on faisait et l’on regarde passer dans la rue le médecin, en murmurant dans l’oreille de son voisin : «regarde, c’est un médecin, lui aussi fait son épicerie !».
Ensuite le fait que les médecins soient sélectionnés en nombre restreint à leur admission à l’université, sur des critères majoritairement académiques, mais aussi personnels. Les racistes n’aiment pas les sélections, ils n’aiment pas la différence, ils n’aiment que l’égalité, l’homogénéité. Leur homogénéité. Ils y voient des privilégiés, des favorisés, des «chanceux». Jamais ils n’oseront penser qu’il y eut des efforts et des privations de plaisirs d’adolescence derrière cette «chance».
Aussi, les médecins ont un savoir particulier, celui qui permet de prolonger la vie, celui de soulager les souffrances et celui de donner la mort, comme Asclépios. Ils connaissent le fonctionnement de l’âme et du corps et n’y voient pas une métaphysique transcendante. Cela dérange les religieux. Ils entrent en compétition avec les charlatans de l’esprit, avec les chercheurs «d’essence», les avides de profondeur. Ces gens implorent un Zeus qui foudroierait tous les médecins. Ils pourraient alors continuer à invoquer les étoiles pour se tromper eux-mêmes en même temps que les autres.
Les médecins ont surtout l’accès à la vulnérabilité des personnes, à l’homme sans orgueil, l’homme à nu, malade, mourant. Mais aussi à l’enfant naissant, l’homme en pleine santé, la femme portant la vie, la femme donnant la vie. Ils partagent les plus grands moments des individus, des couples, des familles, ainsi que leurs moments les plus durs, les plus cruels, les plus dépressifs, les plus anxiogènes. Ils possède ce secret médical, ce secret bien gardé, sous serment. Ils ne veulent pas le dévoiler. Ils ont promis. Mais des envieux cherchent à percer ces secrets. Eux aussi aimeraient avoir devant eux cette richesse. Posséder ce grand trésor du médecin…
Enfin, au Québec, les médecins sont parmi les professionnels les mieux rémunérés. Parce qu’ils travaillent plus que la plupart des autres professionnels. Les racistes homogènes s’attaquent beaucoup à ces revenus, c’est souvent leur principale arme, leur massue préhistorique. Comme ils aimeraient faire des médecins des esclaves de la société, de l’État, les obliger, les forcer, les contraindre, les priver de leur liberté, les faire travailler dans des plantations de coton. Ces racistes-là veulent la traite des médecins. Ce ne sont pour eux plus des êtres humains, ce sont des objets, des biens de l’État — leurs biens, mobilisables, utilisables, modelables. Eux se donnent le droit — ne sont-ils pas supérieurs dans leur esprit-”blanc” ? — de décider du destin des médecins-nègres.
Moi, je réponds à ces racistes, ces xénophobes professionnels, ces tenants de l’apartheid — et j’emprunte les mots de Daud Avendauth : ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !
Et si je t’aime, est-ce que ça te regarde ?
— Goethe
Par cette seule question, Goethe guérit l’amoureux, détend les sourcils crispés par les peines, déserre la glotte en étau.
Il est donc possible d’aimer tous ceux que l’on veut. Le renoncement à l’amour est rendu caduque.
Ne nous leurrons pas. Le médecin sait que la morphine qu’il donne en doses croissantes, chez ces souffrants sans espoir, mènera à l’arrêt respiratoire, en douceur, au grand soulagement de la famille.
Une mort sans souffrances, c’est une bonne mort.
Maintenant, ne nous leurrons pas. Ce n’est jamais la cause inscrite sur le certificat de décès.
Une étymologie de l’euthanasie dans un monde hypocrite.
Il existe des trucs dans la vie que l’on ne voit vraiment pas venir…
Une histoire peut-elle être réelle et irréelle dans un même temps?— MFL, Regardez la musique…, Cocktail irréel, 3 avril 2009.
Ma réponse : Oui….
Ou plutôt, pour moi, le réel peut être irréel en même temps. J’appelle cela la folie. Presque une forme de psychose, ressentie brutalement, frappant tout l’être d’un seul coup, dans un grand face à face avec soi-même. Ces moments sont je crois très rares.
Deux exemples :
1) euphorique : les premiers instants d’une immense passion amoureuse qui brûle d’un milliard de soleils la poitrine.
2) dysphorique: le grand vertige paniquant et ténébreux qui suit les premières minutes d’une rupture d’une très longue et puissante relation amoureuse.
Il s’agit bien d’un trouble, d’un dysfonctionnement, d’une grande impression d’irréel, d’une focalisation aiguë de l’âme et du corps, d’un détachement de l’environnement, d’une mise de côté du monde. Il s’agit bien d’une réalité nouvelle, d’un météore de vérité, d’une révélation quasi mystique, face à la vie, face à la mort, face à l’amour. Le réel et l’irréel s’entrechoquent et se fusionnent, dans une cosmogonie ou dans un cataclysme, dans une apocalypse (dans son sens étymologique et non eschatologique).
Et on ne peut les voir venir.
Laissez-moi rendre hommage aux professeurs d’universités. Au moins à ceux et celles des grandes universités. Au moins à ceux et celles du domaine des lettres. Au moins à ceux et celles du Canada et du Québec (systèmes que je connais bien). Au moins aux jeunes professeurs.
Pourquoi ? Le sujet est tabou et méconnu. Je dois donc en parler. Et je sais de quoi je parle…
Ces professeurs sont nés d’efforts de surhommes. Pour la plupart très érudits, ayant connu de nombreux exils sous-financés obligatoires pour effectuer leurs recherches, ayant investi leurs dettes pour donner des conférences internationales et se bâtir une crédibilité, un nom, ayant lutté pour publier le moindre article, contre des comités de lecture anonymes ou l’intérêt personnel de l’évaluateur passe parfois devant celui de la recherche, subissant la compétition de pairs envieux, les reproches de collègues jaloux qui protègent leur oeufs comme un aigle autour de son nid. Les postes sont rarissimes. Le marché saturé est international, mondialisé comme le reste. Les entrevues d’embauche sont des marathons d’hypocrisie. Le favoritisme menace à chaque instant. Au Québec, pays rétrograde et déficient en éducation, c’est la chasse à l’Européen, trophée qui rend l’université plus prestigieuse.
Le jeune professeur se fait confier les tâches ingrates, certains cours que les autres ne veulent pas donner, mais aussi une part de la bureaucratie qui ronge l’éducation comme d’ailleurs le reste des institutions publiques. On exige de plus qu’il connaisse tout, toutes les langues, tous les sujets qui s’éloignent de sa spécialisation. Il doit rayonner, produire, publier. Il en va du prestige de l’université.
Tout cela passe encore avec un peu d’eau.
Là où la viande se bloque dans l’œsophage, c’est devant les étudiants. Les universités canadiennes et québécoises sont remplies des plus grands cancres que l’histoire de l’Université ait connus. Leur nombre sans cesse grandissant et leur poids de plus en plus lourd fait s’abaisser toute la balance de l’éducation. Cela rend absurde au plus haut niveau tout le travail accompli par les professeurs pour arriver à obtenir leur poste. Leurs compétences, leur excellence ne sert plus qu’à un ou deux étudiants qui doivent péniblement attendre loin au devant des autres. C’est la collusion de la médiocrité.
Et la liberté professionnelle du professeur ? Dès son embauche, il reçoit des consignes : le financement de l’université est lié au nombre d’étudiants, au nombre de bourses. Ils ne doivent pas échouer. Un résultat minimal est garanti, sauf pour les rares exceptions d’échecs flagrants qui devront souvent être confirmés par un second professeur. Pire, les étudiants évaluent le professeur, et ces évaluations — anonymes — comptent dans le dossier professionnel. Évidemment, avec la rareté des postes et la compétition féroce, aucun ne souhaite obtenir de mauvaises évaluations des étudiants. Le résultat est un laxisme obligé, une tolérance perverse envers l’ignorance et la nullité.
L’éducation pour tous ? Oui, mais pas sur le même niveau. Il faut repenser l’éducation universitaire canadienne, cette faillite de l’égalité.
Médecin.
Peut-on appeler cela un travail — montagnes de paperasse et contraintes étatiques exceptées ? Non. C’est une école permanente, une source de compréhension du monde humain inépuisable. C’est la seule occupation existante où un homme a accès spontanément à la totalité de l’être humain qui se livre sans crainte — corps et esprit. Mieux que le prêtre, car le prêtre juge au nom de dieu, alors que le médecin ne juge pas. Mieux que le psychologue, car le psychologue ne connaît rien au corps, qui pourtant véhicule de façon bidirectionnelle tous les maux et expressions de l’âme. Il faut savoir bien lire le corps, dans toutes sa fine subtilité, c’est là ou l’art entre en jeu. Oublions les transferts et contre-transferts freudiens. Le médecin apprend sur lui-même à travers les autres. À travers lui-même il comprend les autres. Chaque histoire, chaque personne qui s’ouvre vaut bien un roman de Dostoïevski. Le médecin est riche de cette littérature vivante.
(Et très bien payé)
Une journée s’achève. Le bilan pour moi est mitigé. Quel bilan aurais-je fait il y a quinze ans ? Quel bilan aurais-je fais dans quinze ans ? Tout à coup, le bilan n’est plus aussi mitigé.
Lorsque l’anarchiste, comme porte-parole des couches sociales en décadence, réclame, dans une belle indignation, le « droit », la « justice », les « droits égaux », il se trouve sous la pression de sa propre inculture qui ne sait pas comprendre pourquoi au fond il souffre, — en quoi il est pauvre, en vie… Il y a en lui un instinct de causalité qui le pousse à raisonner : il faut que ce soit la faute à quelqu’un s’il se trouve mal à l’aise… Cette « belle indignation » lui fait déjà du bien par elle-même, c’est un vrai plaisir pour un pauvre diable de pouvoir injurier — il y trouve une petite ivresse de puissance. Déjà la plainte, rien que le fait de se plaindre peut donner à la vie un attrait qui la fait supporter : dans toute plainte il y a une dose raffinée de vengeance, on reproche son malaise, dans certains cas même sa bassesse, comme une injustice, comme un privilège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres conditions. « Puisque je suis une canaille tu devrais en être une aussi » : c’est avec cette logique qu’on fait les révolutions. [...] Quelqu’un doit être coupable et c’est là ce qu’il y a d’indigne, celui qui souffre prescrit contre sa souffrance le miel de la vengeance. Les objets de ce besoin de vengeance naissent, comme des besoins de plaisir, par des causes occasionnelles : celui qui souffre trouve partout des raisons pour rafraîchir sa haine mesquine [...]
— Frédéric Nietzsche, Le crépuscule des idoles (1889), Le problème de Socrate, §34, Chrétien et anarchiste. Trad. Henri Albert, Flammarion, 1985.
En tant qu’anarchiste, je lui donne entièrement raison sur ce point.
Bonjour à vous, lecteur inconnu ou connu (et lectrice à connaître…)
Ici, tout n’est qu’opinion. [c'est que j'ai l'honnêteté de le reconnaître]
Je propose une introduction sous forme d’une auto-entrevue du jour.
Moi : d’où vous est venue l’idée de créer ce site ?
Moi : j’étais sur une motoneige, en rentrant du travail, entre deux villages du Nord québécois, au 52e parallèle, complètement isolés et inconnus de la population de ce pays, quand soudainement j’ai sauté sur une bosse. J’étais assis à l’arrière de la motoneige, conduite par Terry, l’homme-armoire qui a posé en hélicoptère les 691 tours électriques dans ce coin de la toundra il y a une dizaine d’année. En retombant sur le siège (c’est qu’on lève dans les airs en prenant une bosse à 90 km/h), j’ai eu un choc axial, m’auto-écrasant la colonne cervicale et lombaire ainsi que les os des poignets. J’ai même eu un minime choc médullaire, je crois. Mon casque me fut pour cela inutile…
Moi : d’accord, mais je ne comprends pas très bien où vous voulez en venir.
Moi : c’est pourtant bien simple. J’étais sur une motoneige, au milieu des sous-bois tranquilles, des montagnes vierges, des baies glacées, des perdrix sans peur, assis derrière un homme-armoire qui a posé des tours électriques et qui est capable de retourner à lui seul une motoneige qui a chaviré sur le côté.
Moi : oui, et alors ?
Moi : vous n’avez vraisemblablement jamais vécu l’expérience de parcourir une centaine de kilomètres ainsi dans la solitude du Grand Nord avec un homme-armoire, assis sur une motoneige.
Moi : non, en effet, c’était la première fois.
Moi : je vois. Songez à ceci : que faire derrière une motoneige, dans un trajet qui dure trois heures et demie, derrière un homme-armoire, dans l’immensité de la rare forêt, de la toundra, des rivières et des lacs gelés, quand vous avez un peu mal au dos ?
Moi : je ne sais pas… regarder les paysages ?
Moi : oui… évidemment. Mais quand on regarde, on pense.
Moi : à quoi pensiez-vous ?
Moi : je pensais que j’étais dans l’immensité de la nature vierge, assis derrière une motoneige avançant à 90 km/h conduite par un homme-armoire qui a posé des tours électriques dans la toundra et qui n’avait pas mal au dos, qui ne portait pas de casque, ni de masque pour se protéger du froid.
Moi : ah bon…
Moi : bon, bon. Allons directement au fait, puisque vous ne comprenez pas facilement, vous l’intellectuel : je fus saisi d’un étonnement en coup de tonnerre face à la différence totale entre l’homme-armoire et moi, entre ce monde polaire, tangible, et le mien, abstrait, entre ces vies tellement divergentes que l’on aurait pu provenir de deux planètes différentes. Pourtant, je comprenais son humour, et il comprenait mes appréhensions. Nous étions au diapason malgré nos différences. Cet homme-là n’est pas comme moi un animal politique, il est animal tout simplement.
Moi : je vois…
Moi : cet homme-armoire possède un savoir qui m’échappe complètement. Tenez, le voilà un moment qui s’arrête, descend de sa motoneige, se couche sur le sol et se met à resserer les boulons de sa machine avec une clé anglaise ! Le voilà ensuite qui emprunte des raccourcis dans ces paysages où tout se ressemble. Le voilà qui freine à la dernière seconde devant une partie de la glace qui avait cédé et qui s’était remplie d’eau.
Moi : vous étiez impressionné par son savoir-faire.
Moi : plus que par son savoir-faire, par sa philosophie. Un pur réaliste. Un sage. La sagesse des sous-bois, des lacs gelés, du froid au visage. Celle que les Grecs n’ont jamais connue en pratique, mais qu’ils respectaient en mythologie. Celle des Hyperboréens. J’ai vu la sagesse hyperboréenne. Je devais donc en parler, d’où l’idée de créer ce site dont le premier article serait consacré à cette sagesse négligée.
Moi : je comprends maintenant. Comment va votre dos ?
Moi : bien maintenant, mais demain matin…